Sur le terrain, la réalité est beaucoup moins idyllique.
Car derrière les slogans et les promesses, ce sont avant tout des femmes et des hommes, des métiers, des responsabilités et une sécurité collective qui sont en jeu. Et sur ces aspects essentiels, les réponses restent floues, insuffisantes, voire absentes.
Une technologie présentée comme mature… alors qu’elle ne l’est pas.
Contrairement à ce que laisse entendre la communication ministérielle, la conduite automatisée n’est pas une technologie pleinement autonome. Elle fonctionne dans des cadres très spécifiques, dépend de capteurs, de logiciels, d’infrastructures numériques et de conditions idéales. Dès que la réalité s’invite – trafic dense, comportements imprévisibles, météo défavorable, travaux – la machine atteint ses limites.
Dans ces moments-là, ce n’est pas l’algorithme qui assume. C’est l’humain.
Le conducteur, devenu « superviseur », est censé reprendre le contrôle instantanément, souvent sans disposer d’une vision complète de la situation ni d’une maîtrise totale du système.
Faire croire que cette transition se ferait sans risque est irresponsable.
Un métier vidé de son sens, mais chargé de responsabilités
On nous parle d’évolution des métiers. En réalité, on assiste surtout à une dégradation du rôle du conducteur. Moins d’autonomie, moins de reconnaissance, mais toujours autant – voire plus – de responsabilités.
Être responsable sans être pleinement acteur est une situation dangereuse. Elle génère une charge mentale accrue, une vigilance artificielle permanente et une pression psychologique considérable. En cas d’incident, qui sera montré du doigt ? Le travailleur de première ligne, comme trop souvent.
Ce modèle n’améliore ni la sécurité, ni la qualité du travail. Il fragilise les agents et met en péril la sécurité des usagers.
Responsabilité juridique : un silence inquiétant
Autre point largement évité dans les annonces officielles : la question de la responsabilité.
Que se passe-t-il en cas d’accident impliquant un véhicule automatisé ?
Qui répond devant la justice, devant l’employeur, devant les victimes ?
Aujourd’hui, aucune réponse claire n’est apportée. Et l’expérience nous montre que, lorsque les responsabilités sont floues, ce sont toujours les travailleurs qui trinquent en premier.
Nous refusons que la conduite automatisée devienne un moyen de transférer les risques juridiques et pénaux vers les salariés, pendant que les décisions sont prises ailleurs.
Automatisation et emploi : ne soyons pas naïfs
Derrière le vernis de l’innovation se cache une réalité économique évidente : l’automatisation est aussi un outil de réduction des coûts. Moins de personnel, plus de surveillance, plus de flexibilité imposée, moins de stabilité.
Parler de création d’emplois sans garanties concrètes relève davantage de la communication que de la réalité sociale. Sans cadre clair, la conduite automatisée risque de devenir un facteur de précarisation des métiers de la conduite, et non une opportunité.
Notre position est claire
Le syndicat n’est pas opposé au progrès technologique. Mais nous sommes fermement opposés à un progrès imposé, mal encadré et socialement déséquilibré.
Nous exigeons :
- un cadre juridique clair avant tout déploiement à grande échelle,
- une définition précise des responsabilités,
- une formation sérieuse, reconnue et certifiante,
- des garanties solides pour l’emploi et les conditions de travail,
- une concertation réelle avec les représentants du personnel.
Le progrès n’a de sens que s’il est humain
La mobilité de demain ne se construira pas contre les travailleurs, ni sur leur dos.
Elle se construira avec eux, ou elle échouera.
La conduite automatisée ne doit pas devenir le symbole d’un progrès technologique déconnecté de la réalité du terrain. Elle doit être encadrée, maîtrisée et soumise à un principe simple : la sécurité et la dignité des travailleurs ne sont pas négociables.
Nous resterons vigilants. Nous resterons mobilisés.
Parce que défendre les métiers de la conduite, c’est défendre la sécurité de tous.
David Arlé
Vice-président
Syndicat Chemins de fer FNCTTFEL/Landesverband
